
Le syndrome de l’intestin irritable (SII) est un trouble digestif courant, touchant des millions de personnes, et pour lequel j’accompagne bon nombre de mes consultants. Ses causes restent mal comprises, mais de plus en plus d’études explorent son lien avec le système immunitaire et l’histamine. Certains chercheurs évoquent une composante inflammatoire et immunitaire pouvant rapprocher le SII des maladies auto-immunes. L’histamine, impliquée dans les réactions allergiques, pourrait aussi jouer un rôle clé dans les symptômes digestifs du SII.
LE SYNDROME DE L’INTESTIN IRRITABLE (SII), C’EST QUOI ?
Définition et prévalence
J’ai déjà couvert le sujet dans ce blog, mais pour rappel le SII est un trouble fonctionnel du tube digestif qui se caractérise par :
- une association de symptômes : douleurs abdominales et troubles du transit (contripation et / ou diarrhée)
- l’ancienneté des symptômes : plus de 6 mois
- leur fréquence : plus d’une fois par semaine au cours des 3 derniers mois.
Aucune anomalie visible n’est détectée lors des examens médicaux, ce qui rend son diagnostic complexe. Ce syndrome touche environ 5 à 15 % de la population, principalement des femmes âgées de 20 à 50 ans.
SII et inflammation intestinale
Certaines études suggèrent une implication du système immunitaire dans le SII. On observe chez certains patients :
- une activation des cellules immunitaires intestinales
- un déséquilibre du microbiote, pouvant entraîner une hyperperméabilité intestinale
- une réaction inflammatoire chronique de bas grade.
Ces éléments rapprochent le SII des maladies inflammatoires intestinales, mais la question de son statut auto-immun reste débattue.
LE SII EST-IL UNE MALADIE AUTO-IMMUNE ?
Débat scientifique
Contrairement à des maladies comme la maladie de Crohn ou la polyarthrite rhumatoïde, le SII n’est pas officiellement classé comme une maladie auto-immune. On ne retrouve pas d’auto-anticorps spécifiques ni de destruction des tissus. Cependant, plusieurs indices indiquent une possible implication du système immunitaire :
- une inflammation de bas grade chez certains patients
- une réaction anormale des cellules immunitaires face à certains aliments ou bactéries
- un lien avec des infections digestives passées (gastro-entérite, SIBO).
Rôle des mastocytes et de l’histamine
Les mastocytes, cellules immunitaires présentes dans la paroi intestinale, jouent un rôle clé dans la libération de l’histamine, une molécule impliquée dans les réactions allergiques et inflammatoires.
Chez les patients atteints de SII :
- les mastocytes semblent plus nombreux et plus actifs dans l’intestin
- ils libèrent de grandes quantités d’histamine, ce qui peut causer des douleurs, diarrhées et ballonnements.
Cela suggère que le SII pourrait être en partie une réaction d’hypersensibilité immunitaire, bien que cela ne suffise pas à le classer comme maladie auto-immune.
HISTAMINE ET TROUBLES DIGESTIFS : QUEL IMPACT ?
Qu’est-ce que l’histamine ?
L’histamine est une molécule naturellement produite par le corps, jouant plusieurs rôles :
- réponse immunitaire : déclenche les réactions allergiques
- régulation de l’acidité gastrique
- neurotransmission : impact sur l’humeur et le sommeil.
On la retrouve aussi dans certains aliments, ce qui peut poser problème en cas d’intolérance : ceci concerne de nombreux aliments, en particulier ceux qui ont été fermentés, vieillis ou transformés, comme les fromages affinés, les charcuteries et viandes fumées, le poisson en conserve (sardines, thon), le vin et autres boissons alcoolisées ou encore les légumes fermentés (choucroute, kimchi).
Intolérance à l’histamine et SII
Une intolérance à l’histamine se produit lorsque l’organisme n’arrive plus à l’éliminer correctement. Sa prévalence est estimée à 1%. Cela peut être dû à un déficit en DAO (diamine oxydase), enzyme chargée de la dégrader dans l’intestin.
Lorsque l’histamine s’accumule, elle peut provoquer des symptômes similaires au SII :
- ballonnements
- diarrhées
- maux de tête
- rougeurs cutanées.
L’intolérance à l’histamine est souvent liée à des déséquilibres intestinaux comme le SIBO (surcroissance bactérienne de l’intestin grêle). Attention, comme pour tout autre trouble, un diagnostic ne peut être pausé que pas un professionel de santé: en cas de doute, parles-en à votre médecin.
COMMENT GERER LE SII ET L’EXCES D’HISTAMINE ?
Adapter son alimentation
Certains aliments sont naturellement riches en histamine et peuvent aggraver les symptômes :
À éviter (ça ne veut pas dire supprimer mais identifier la quantité qui convient) :
- fromages affinés, charcuteries, poissons fermentés
- alcool (vin rouge, bière)
- tomates, aubergines, épinards, avocats, fraises, agrumes
À privilégier :
- viandes et poissons frais
- légumes verts
- aliments riches en vitamines B6 et C, qui favorisent la dégradation de l’histamine.
Restaurer l’équilibre du microbiote
Un microbiote déséquilibré peut favoriser une accumulation d’histamine. Pour le rééquilibrer:
- Alimentation variée: en particulier avec des fruits et légumes riches en fibres et en polyphénols
- Probiotiques adaptés : Lactobacillus rhamnosus, Bifidobacterium infantis qui permettent une réduction de l’inflammation intestinale
- Réduction du SIBO :
- Régime pauvre en FODMAPs et contrôlé en fibres (en prenant toutefois certaines précautions comme déjà évoqué dans un autre article)
- Compléments naturels : berberine, ail, extrait de pépins de pamplemousse
- Réflexologie plantaire
- Bains de nature et jardinage: et oui, être en contact de la nature nous permet de diversifier notre microbiote!
Solutions naturelles pour réduire l’histamine
Certaines solutions naturelles peuvent aider à limiter l’excès d’histamine :
- Compléments naturels :
- Quercétine : flavonoïde anti-histaminique naturel présent dans les oignons rouges, pommes, baies
- Bromélaïne : enzyme anti-inflammatoire présent dans l’ananas
- Gestion du stress :
- yoga, cohérence cardiaque, méditation
- un bon sommeil pour réduire les crises.
CONCLUSION
Le lien entre SII, inflammation, histamine et système immunitaire est de plus en plus étudié. Si le SII n’est pas reconnu comme une maladie auto-immune, il présente des caractéristiques immunitaires et inflammatoires qui pourraient expliquer certains symptômes. L’adaptation de l’alimentation, le rééquilibrage du microbiote et l’utilisation de solutions naturelles peuvent aider à mieux gérer les troubles digestifs liés à l’histamine et au SII.
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